Un jeune boucher rouennais a développé une application pour bloquer les appels commerciaux et elle connaît un succès grandissant.
En réaction aux appels incessants vantant des offres de téléphonie, de chauffage ou encore de plateformes de streaming, Ryan Moreau, 23 ans, a créé « Préfixe Bloqueur ». Disponible uniquement sur Android, cette application a déjà été téléchargée plus de 50 000 fois. L’idée est simple : utiliser la liste des préfixes fournis par l’État pour bloquer automatiquement les numéros indésirables. L’utilisateur peut aussi ajouter manuellement d’autres numéros à bloquer.

Passionné d’informatique depuis cinq ans, Ryan Moreau s’est entièrement formé en ligne et en s’aidant d’outils d’intelligence artificielle. Malgré ses talents de développeur, il conserve son métier de boucher à Rouen, un emploi qu’il exerce depuis près de huit ans. Le jeune homme consacre environ 35 heures par semaine à l’application : le soir, pendant sa pause déjeuner et le week-end.
Gratuité de l’application
Préfixe Bloqueur est gratuit : Ryan n’en tire aucun bénéfice financier.
L’un des points forts de « Préfixe Bloqueur » réside dans sa gratuité : Ryan n’en tire aucun revenu et n’y a intégré aucune forme de publicité. Selon ses propres termes, il a développé cet outil pour répondre à un besoin commun, pas pour en faire un business. Cette dimension altruiste a particulièrement séduit les premiers utilisateurs, qui y ont vu une réelle volonté de rendre service, plutôt qu’une tentative de s’engouffrer dans un marché lucratif.
Reportage d’Amandine Pointel et Patrice Cornily,
Démarchages téléphoniques : un jeune boucher de 23 ans a trouvé la solution • ©France Télévisions.
Ce grand écart professionnel procure selon lui un équilibre bénéfique. D’un côté, le contact direct avec les clients à la boucherie lui permet de discuter, de rester actif, de s’épanouir socialement. De l’autre, l’univers du code est un espace plus solitaire mais hautement créatif, où il peut explorer de nouvelles solutions et se former en continu.
Cette complémentarité est devenue un moteur : « J’aime bien rythmer entre les deux, voir les clients quand je suis en boucherie et après être un peu isolé sur le code. » Cette singularité fait aussi de Ryan un personnage atypique : le boucher développeur, qui troque ses couteaux pour un clavier numérique.
Un principe simple : bloquer grâce aux préfixes signalés par l’État
L’application se base sur une idée relativement straightforward : empêcher les appels entrants depuis des numéros associés à un démarchage potentiel. Pour cela, Ryan a intégré dans son application la liste des préfixes mise à disposition par l’État, liste censée identifier les blocs de numérotation généralement utilisés par les sociétés de télémarketing.
En pratique, lorsque l’utilisateur reçoit un appel, « Préfixe Bloqueur » compare le numéro à la base de données des préfixes recensés. Si le numéro appelant correspond à l’une des plages identifiées comme susceptibles de pratiquer le démarchage, l’appel est automatiquement rejeté ou basculé en silencieux (en fonction des paramètres choisis).
Une installation facile sur Android
À ce jour, l’application est uniquement disponible sur le système Android. Pour l’installer, l’utilisateur se rend sur la boutique officielle Google Play Store, télécharge l’application et accorde quelques autorisations nécessaires au bon fonctionnement de l’outil. Parmi ces autorisations, la principale consiste à gérer les appels entrants afin que l’application puisse, effectivement, bloquer ou filtrer les coups de fil identifiés comme indésirables.
Une fois installée, « Préfixe Bloqueur » propose :
- Un blocage automatique : l’application se base sur la liste de préfixes pour stopper automatiquement la plupart des appels commerciaux.
- La possibilité d’ajouter manuellement des numéros : si l’utilisateur remarque d’autres appels dérangeants qui ne figurent pas dans la base officielle, il peut lui-même les intégrer.
- Une interface simple : l’interface privilégie la clarté et la simplicité. On y trouve un tableau de bord indiquant le nombre d’appels bloqués et la liste des préfixes filtrés.
Des utilisateurs satisfaits : premiers retours et témoignages
Très vite, « Préfixe Bloqueur » a enregistré un nombre considérable de téléchargements : en quelques mois, plus de 50 000 personnes l’ont adoptée. Les avis laissés sur le Google Play Store sont globalement très positifs :
- Certains saluent la simplicité d’utilisation : « Installation très facile, la configuration se fait en quelques clics, et les appels sont bloqués automatiquement. »
- D’autres apprécient la flexibilité : « On peut ajouter des numéros indésirables à la main, ce qui évite de recevoir plusieurs fois des appels du même spammeur. »
- D’autres encore soulignent le gain de temps et de tranquillité : « Depuis que j’ai installé « Préfixe Bloqueur », je ne suis plus dérangé. Je peux travailler sans être interrompu par des offres commerciales. »
Les limites du système
Bien que très efficace, « Préfixe Bloqueur » n’est pas infaillible :
- Certains numéros de démarchage peuvent utiliser des préfixes non référencés ou emprunter des numéros ressemblant à des lignes classiques pour contourner la détection.
- L’application n’est pas encore disponible sur iOS (iPhone). Ryan évoque qu’il s’agit d’un domaine plus complexe à aborder, car Apple impose des règles plus strictes sur la gestion des appels entrants.
Néanmoins, l’application fait régulièrement l’objet de mises à jour dans le but de raffiner le blocage et de mettre à jour la liste des préfixes identifiés.
Les conséquences du démarchage téléphonique excessif
Derrière la gêne que représentent ces appels répétitifs, il y a aussi un véritable enjeu de protection du consommateur. Certaines personnes, notamment les plus âgées ou les moins informées, peuvent se faire piéger par des offres trompeuses ou frauduleuses. Le démarchage téléphonique intensif peut générer de la confusion, voire de l’angoisse chez certains, surtout quand il s’agit de tentatives d’escroquerie très élaborées.
L’initiative de « Préfixe Bloqueur » contribue donc à limiter l’exposition à ces appels, réduisant les risques de phishing ou de ventes forcées. De plus, la sensibilisation du public à ce genre d’outils peut encourager une démarche citoyenne : signaler les numéros problématiques, partager ses astuces de protection et soutenir un usage plus sain du téléphone.
Le démarchage téléphonique : un sujet sensible
En France, les appels commerciaux envahissants sont un sujet de plainte récurrent. Nombre de consommateurs se disent lassés, voire harcelés, par des publicités téléphoniques proposant de changer de fournisseur, de souscrire une nouvelle assurance ou de réaliser des économies d’énergie. Ce phénomène est jugé suffisamment intrusif pour que des mesures législatives soient discutées et mises en place depuis plusieurs années.
Les limites de Bloctel
Le dispositif Bloctel, lancé en 2016, permet aux consommateurs de s’inscrire sur une liste d’opposition afin de ne pas être démarchés par téléphone. En théorie, les entreprises qui contactent des personnes inscrites sur Bloctel s’exposent à des sanctions.
Toutefois, cette solution n’a pas apporté les résultats escomptés. Dans la pratique, de nombreux consommateurs continuent de recevoir de multiples appels, en raison notamment :
- De manques de contrôles : vérifier le respect par toutes les entreprises du secteur relève du défi.
- D’une faible connaissance de la liste Bloctel par les usagers eux-mêmes.
- De sociétés peu scrupuleuses qui n’hésitent pas à contourner la législation.
Une interdiction du démarchage téléphonique sans consentement
Face à ces constats, l’Assemblée nationale a adopté le 27 janvier dernier une mesure interdisant le démarchage téléphonique sans consentement préalable du consommateur. Cette disposition, introduite à l’initiative d’une députée écologiste, vient renforcer l’arsenal juridique contre les pratiques commerciales agressives ou frauduleuses.
Cette mesure s’inscrit dans un texte plus large visant à réprimer les fraudes aux aides publiques et à prévenir les abus : rénovations énergétiques, fausses offres promotionnelles, etc. Concrètement, les entreprises devront désormais justifier qu’un consentement explicite a été obtenu auprès des consommateurs avant de les contacter.
Il reste à voir comment cette loi sera appliquée sur le terrain, et quels mécanismes de contrôle ou de sanction seront réellement déployés. Quoi qu’il en soit, le vote de ce texte confirme que la lutte contre le démarchage téléphonique figure désormais parmi les priorités législatives en France.