Commander sur internet est devenu un geste courant pour des millions de consommateurs. On y trouve absolument de tout : des produits du quotidien, des équipements électroniques, des objets de décoration, des vêtements, etc. La diversité de l’offre et la rapidité d’accès incitent à multiplier ces achats en ligne. Malheureusement, cette simplicité a également ouvert la porte à toute une série d’abus : sites frauduleux, promotions fictives, vol de données bancaires et autres formes d’arnaques.
Selon le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) plus de 400 000 victimes d’escroqueries liées aux moyens de paiement ont été recensées en France en 2023.
Cela signifie que nombre d’escroqueries passent sous les radars. En parallèle, des dizaines de milliers de sites éphémères apparaissent et disparaissent chaque année, spécialement conçus pour piéger des internautes. Ces sites peuvent arborer un design très professionnel, des logos de confiance et même afficher des noms de grandes marques. C’est que nous expliquions lors de notre dernière conférence en Bourgogne-Franche-Comté.
Dans ce contexte, un minimum de vigilance s’impose. Il ne s’agit pas de suspecter chaque site ni de vivre dans la peur de la fraude, mais de prendre quelques secondes (ou minutes) avant de finaliser un achat pour vérifier huit points clés. Cet article est un résumé de notre conférence d’une durée totale de 1 h 30.
1.) Analyser l’apparence globale du site avec recul
De nos jours, la qualité graphique d’un site ne reflète pas toujours son honnêteté ou sa fiabilité. Les escrocs savent qu’un design élégant et des visuels attrayants créent un sentiment de confiance. Or, la qualité visuelle peut très bien être obtenue par des « templates » prédéfinis ou des services de conception disponibles en ligne. Un site moderne aux couleurs harmonieuses et aux polices soignées n’est donc pas automatiquement un gage de sérieux.
Néanmoins, un site bâclé – avec des pages incomplètes, des failles d’orthographe flagrantes, des liens cassés – peut refléter un manque de professionnalisme. Il est toutefois important de ne pas se fier exclusivement à l’interface : certains faux sites ont été réalisés avec beaucoup d’attention pour mieux « se fondre dans la masse » et duper l’acheteur potentiel.
Les indices d’amateurisme ou de fraude
- Textes répétitifs ou générés automatiquement.
- Logos flous, mal dimensionnés ou sans lien vers la page d’accueil.
- Mentions vagues : « paiement sécurisé », « livraison en 24 h », etc., sans réelle explication.
- Pop-ups incessants, vous invitant à profiter de « la dernière offre de -80 % » ou à « payer immédiatement ».
- Problèmes linguistiques importants : un mélange de langues, des phrases illisibles, etc.
L’importance de naviguer sur plusieurs pages
Pour vraiment évaluer la cohérence globale du site, n’hésitez pas à visiter plusieurs pages : la page d’accueil, la page « Qui sommes-nous ? », les différentes catégories de produits, etc. Si vous détectez des incohérences d’une page à l’autre (par exemple, l’adresse affichée change, ou le numéro de téléphone n’est pas le même), il s’agit d’un signe d’alerte.
Un exemple de site clair et bien construit est celui de support-plante.com (cité dans la version initiale de l’article) : structure logique, informations accessibles, catalogue lisible et navigation fluide. Cela ne garantit pas à 100 % la fiabilité, mais c’est une première impression positive.
Arnaque « Wangiri » : Pourquoi recevons-nous des appels qui raccrochent après quelques secondes ?
2.) Vérifier les mentions légales et les informations de contact
Les obligations légales en France
En France, tout site e-commerce (ou même site vitrine d’entreprise) doit afficher des mentions légales. Cette obligation est encadrée par différentes lois et décrets, et sert essentiellement à identifier l’éditeur du site. On y trouve normalement :
- Le nom ou la raison sociale de l’entreprise.
- Son adresse postale (siège social).
- Son numéro SIRET ou SIREN.
- Les informations de contact : email ou numéro de téléphone.
- L’identité de l’hébergeur du site.
- Le numéro de TVA intracommunautaire, si applicable.
L’ensemble de ces informations se situe généralement en pied de page (footer) ou dans une section nommée « Mentions légales » ou « Conditions générales de vente (CGV) ».
Quelles informations faut-il absolument trouver ?
Outre les mentions légales, tout site doit présenter :
- Ses CGV (conditions générales de vente).
- Sa politique de confidentialité (traitement des données personnelles).
- Sa politique de retours et de remboursement (droit de rétractation).
- Les modalités de paiement et de livraison.
Vérifiez que ces documents sont accessibles, lisibles et à jour. Une page CGV introuvable, inexistante ou qui renvoie vers un texte d’une ligne est un mauvais signe. De même, si le site vous informe qu’il ne livre qu’à l’étranger ou qu’il n’a pas de numéro SIREN sur le territoire français, redoublez de vigilance.
Que faire en cas d’absence ou d’imprécision ?
- Si aucune mention légale n’est disponible, mieux vaut ne pas commander.
- Si l’adresse postale ou l’entreprise semble « floue » (ex. : « Société XYZ, New York, contact@xxx.com« ), fuyez.
- Si un numéro de téléphone est indiqué, testez-le. Un numéro invalide ou qui renvoie à un autre pays sans explication est un fort signal d’alarme.
Retenez bien : les mentions légales sont obligatoires. Leur absence témoigne souvent d’une volonté délibérée de ne pas divulguer l’identité réelle de l’éditeur du site. Pour vous entrainer, consultez un site respectant en tous points les critères légaux : support-plante.com.
3.) Contrôler les avis clients et retours d’expérience
Apprendre à repérer les faux avis
Les avis clients sont un excellent moyen de se faire une idée de la réputation d’un site. Cependant, de nombreux sites frauduleux créent ou achètent de faux avis, souvent rédigés de manière trop élogieuse ou publiés en rafale. Quelques indices de « faux avis » :
- Langage stéréotypé : « C’est formidable », « produit incroyable », « service d’exception » – sans détails concrets.
- Chronologie : des dizaines d’avis publiés le même jour ou dans une période très courte.
- Profil obscur : un auteur d’avis qui n’a laissé qu’un seul commentaire et qui ne donne aucun détail.
- Absence de nuance : tous les avis sont « 5 étoiles », aucun avis négatif ou mitigé.
Les bonnes pratiques pour vérifier la fiabilité d’un site
- Vérifiez si les avis sont recueillis par une plateforme indépendante comme Trustpilot, Google Reviews, Avis Vérifiés, etc.
- Cherchez les retours négatifs pour évaluer la réaction du vendeur (certains sites répondent et proposent des solutions, d’autres ignorent).
- Tenez compte du volume d’avis : un site avec quelques commentaires très récents peut être moins fiable qu’un site proposant des centaines d’avis sur plusieurs mois/années.
Comment procéder à des recherches externes
Pour aller plus loin, saisissez le nom du site dans votre moteur de recherche, suivi des mots « arnaque », « scam », ou « avis ». Parcourez aussi des forums ou des réseaux sociaux : vous y trouverez parfois des témoignages de vraies victimes. Les commentaires sur des groupes d’entraide ou des pages spécialisées dans la lutte contre la fraude fournissent souvent des informations essentielles pour vous faire un avis.
4.) Se méfier des offres trop alléchantes
Les prix anormalement bas
Un prix cassé : -80 %, des réductions massives sur des articles de luxe ou des produits high-tech neufs à un tarif ridiculement bas doivent vous mettre la puce à l’oreille. Comme le dit souvent l’adage : « Si c’est trop beau pour être vrai, c’est que ça l’est probablement. » Il est très fréquent que des faux sites attirent des clients avec des promotions irréalistes, puis disparaissent une fois la « saison » d’escroquerie terminée.
Les stratégies de pression psychologique
- Compte à rebours (ex. : « Plus que 2 minutes pour profiter de -70 % »).
- Urgence (ex. : « Quelques pièces restantes, passez commande rapidement ! »).
- Frais de port offerts à condition de saisir sa carte bancaire immédiatement.
Cette pression temporelle vise à vous empêcher de réfléchir et à maximiser vos achats impulsifs.
Les faux sites de marques de luxe
Nombreuses sont les victimes qui s’imaginent faire une affaire en achetant un sac de luxe à 80 % de réduction. En réalité, deux situations se produisent :
- Le site encaisse l’argent et ne livre jamais.
- Le site livre un faux produit (contrefaçon) dont la qualité est catastrophique.
Important : Les grandes marques ne bradent pas leurs produits au point de diviser leur valeur par cinq ou dix. Toute offre de ce type doit être considérée hautement suspecte.
Lire attentivement les conditions de livraison et de retour
Les éléments à repérer dans les CGV
Un site sérieux explique avec précision :
- Les délais de livraison (et le pays d’expédition).
- Les coûts de livraison (colis standard, express, etc.).
- La politique de retour (durée de rétractation, modalités de renvoi).
- Les modalités de remboursement (délai de traitement, mode de remboursement).
En France, les sites doivent laisser un droit de rétractation de 14 jours après réception du produit, sauf exceptions précisées par la loi (par exemple, produits périssables). Assurez-vous que ce droit est bien mentionné et que les frais de retour sont clairement indiqués.
Les pratiques douteuses (frais cachés, délais interminables)
Certains sites promettent une livraison rapide, mais envoient en réalité depuis l’étranger avec un délai de plusieurs semaines (voire mois). D’autres n’acceptent aucun retour ou ajoutent des conditions irréalistes (ex. : « le produit ne doit pas avoir été sorti de son emballage »). Si vous tombez sur ce genre de conditions bancales, fuyez.
De la transparence
Un site transparent est un site qui affiche clairement ses conditions et les rend aisément accessibles. Vous ne devriez pas avoir à fouiller dans 15 sous-rubriques pour trouver la politique de retour. De même, un formulaire de contact, un numéro de suivi et des FAQ claires sont de bons indicateurs de sérieux.
6.) Vérifier la sécurité du paiement en ligne
Repérer le « https » et le cadenas
Avant toute saisie de données bancaires, assurez-vous que la page de paiement est sécurisée. Concrètement, l’URL doit débuter par https (le « s » signifiant « sécurisé ») et un cadenas doit apparaître dans la barre d’adresse. En cliquant sur ce cadenas, vous pouvez voir le certificat SSL (ou TLS) du site. Il doit être valide et fourni par une autorité de certification reconnue.
À retenir : l’absence du « https » ou l’affichage d’un message d’alerte « connexion non sécurisée » est un gros signal de danger.
Les modes de paiement proposés
Un site fiable propose généralement plusieurs méthodes de paiement (carte bancaire, PayPal, parfois paiement en plusieurs fois). Si seul le virement bancaire est autorisé, soyez extrêmement prudent. Les arnaqueurs privilégient ce moyen pour rendre tout remboursement plus complexe.
Pourquoi fuir un site qui n’accepte que le virement bancaire ?
- Pas de contestation possible : vous ne pouvez pas faire opposition comme avec une carte bancaire.
- Traçabilité plus faible : il est plus difficile de prouver une fraude.
- Aucun « filet de sécurité » : contrairement à PayPal ou d’autres solutions offrant parfois un service de litige.
Rappel : le paiement en ligne doit toujours se faire via une page dédiée, avec un système de vérification (code SMS, application bancaire, etc.). Si vous avez l’impression que les étapes de vérification sont inexistantes, interrompez la transaction.
7.) Focus sur l’ancienneté et la réputation d’un site
Même si cela ne faisait pas partie des six points de base, l’ancienneté d’un site et sa réputation en ligne constituent d’excellentes pistes pour juger de sa fiabilité.
Comment vérifier l’âge d’un domaine
Vous pouvez consulter des services de type WHOIS (ex. whois.com, who.is) qui permettent de connaître la date de création d’un nom de domaine, ainsi que les coordonnées du propriétaire. Vous pouvez aussi utiliser archive.org (la « Wayback Machine ») pour voir à partir de quelle date le site a été référencé et quelles pages étaient en ligne.
- Si le site prétend exister depuis 10 ans alors que son nom de domaine a été créé il y a 2 mois, il y a tromperie évidente.
- L’absence totale d’historique sur archive.org est souvent révélatrice d’un site très récent.
Les outils pratiques
- archive.org : permet de visualiser des captures du site à différentes époques.
- Recherche Google : tapez le nom du site + « avis » ou « arnaque » pour découvrir si d’autres utilisateurs se plaignent.
Pourquoi l’ancienneté est un indice de confiance
Un site présent et actif depuis plusieurs années a généralement déjà accumulé des avis, développé une communauté, été mentionné sur des blogs ou réseaux sociaux. Les arnaques, au contraire, se font souvent sur des sites éphémères, créés pour une campagne de fraude, puis fermés.
Attention aux sites trop « français »
Un autre signal d’alerte concerne les sites qui prétendent être français mais dont la localisation semble factice. Certains escrocs créent des boutiques avec des noms à consonance française et proposent des produits comme de la broderie personnalisée ou des articles artisanaux censés être fabriqués localement. Pourtant, l’adresse postale est située à l’étranger, les CGV sont mal traduites, ou les délais de livraison trahissent une expédition depuis l’Asie. Un vrai site français affiche clairement son numéro SIRET et une adresse vérifiable en France.
8.) Quand le doute persiste : le service client comme test final
Contacter le vendeur avant achat
En cas de doute persistant, n’hésitez pas à envoyer un email ou à appeler le service client. Posez des questions précises :
- Sur la politique de remboursement.
- Sur la garantie du produit.
- Sur l’origine des produits (fabrication, logistique).
- Sur leur adresse ou leur identité.
Un site sérieux répondra de manière claire. Un faux site essayera de botter en touche, de vous donner des réponses évasives ou de vous presser de conclure la vente.
Les signes qui prouvent une vraie réactivité
- Une réponse rapide, personnalisée, avec la signature d’un interlocuteur identifié.
- Des informations complémentaires proposées sans que vous ayez à les demander.
- Un accueil téléphonique qui ne cherche pas à se débarrasser de vous.
Les réactions suspectes du faux service client
- Des silences prolongés ou des réponses automatisées (copiées-collées) qui n’abordent pas vos questions.
- Des réponses en mauvais français, trahissant une traduction automatique.
- Une incapacité à donner la moindre preuve de sérieux (statut de la société, facture proforma, etc.).
Comment réagir en cas d’arnaque avérée ou suspectée
Malgré toutes vos précautions, il peut arriver de se faire piéger. Dans un tel cas, la réactivité est déterminante pour limiter la casse.
Les premiers réflexes (banque, opposition)
- Contactez votre banque immédiatement pour bloquer ou faire opposition sur la transaction suspecte.
- Expliquez clairement la situation : achat sur un site potentiellement frauduleux.
- Conservez tous les éléments de preuve : captures d’écran du site, mails de confirmation, relevés bancaires.
Important : beaucoup de banques proposent un remboursement si la fraude est avérée, surtout s’il s’agit d’une carte bancaire Visa, Mastercard ou American Express. Mieux vaut réagir vite pour que la procédure aboutisse.
Le signalement sur les plateformes officielles
En France, vous pouvez signaler un site frauduleux ou du phishing via la plateforme Pharos (https://www.internet-signalement.gouv.fr). N’hésitez pas à déposer plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. Toute information précise sur le site (URL, date de commande, mode de paiement) les aidera dans leur enquête.
La protection de ses données personnelles
Si vous avez créé un compte sur le site, ou si vous avez communiqué des informations sensibles (mot de passe, date de naissance, etc.) :
- Changez tous vos mots de passe (messagerie, réseaux sociaux, sites d’achat).
- Surveillez attentivement vos comptes bancaires pour détecter toute opération frauduleuse.
- Si vous recevez des SMS suspects (faux colis, fausse banque), ne cliquez jamais sur les liens inclus.
Si vous souhaitez alerter d’autres internautes, laissez un témoignage sur Trustpilot, Google, ou sur des forums spécialisés. Vous pouvez également contacter une association de consommateurs (ex. UFC-Que Choisir) ou des services de vérification de sites comme Verifsites.com pour signaler le faux marchand.
Souhaitez-vous mettre en place un atelier de sensibilisation dans votre commune ? Nous prenons le temps de répondre à chaque question des participants.